samedi 23 juillet 2022

 

Les oiseaux du Bar de la Mer…


 Les oiseaux au Bar de la Mer,

Réclament à grand cri un dernier ver.

Ce sont des mouettes pas si rieuses,

Ces volatiles d’identités douteuses…[1]

 






Au buffet d’un tout-exclus mal climatisé,

Ils recueillent les fruits de l’amer pollué,

Ils sont les clients de privilèges hasardeux,

De ces hôtes du climat chaleureux…

 




Sur les plages aux coquillages plastifiés,

Où vont et viennent les vagues marées,

Ils se prélassent les ailes alanguies,

Ces touristes sans frontières ni pays.

 




De l’hôtel aux rivages éphémères,

Les oiseaux repartiront un soir d’hiver,

Il ne restera de leur passage d’estivants,

Que des plumes emportées par le vent…



[1] Mouettes, ou goélands ?

mercredi 18 mai 2022

 

Les barres parallèles…

Chapitre 5

 


 Des envahis envahissants, et de la fonte sans skis

 


Georges et Soda ignoraient tout de la menace qui les attendait : s’ils l’avaient connu (mais pour cela il eut fallu qu’elle leur soit présentée par un espion complaisant, ce qui n’avait pas été le cas, ils ne connaissaient pas de barbouzes qui fussent des cons agréables) elle ne les aurait pas attendu. Et si cela se fut-ce (ce fut-ce fût ce qui put se produire) il s’eut (mais il ne sut pas) alors agi d’une menace fantôme (du genre de celles proférées par les producteurs des étoiles de guerre de faire une énième suite préalable au troisième premier épisode de leur série de force aux nuances de clair-obscur). Cette menace attentive mais inattentionnée (si elle les attendait avec circonspection, elle avait échappée à leur attention faute de sycophantes à la stupidité bienfaisante pour la leur rapporter) était celle des ex-envahis de la planète qui projetaient de devenir les envahisseurs de la navette, pendant que les spartakiens seraient dans leur période de  fonte populationnelle (qui risquait de se transformer en refonte générationnelle si les plans des envahisseurs renversants (ils étaient bien décidé à renverser leur statut d’envahis) réussissaient et qu’ils restaient coincés sur ce monde).

 

Georges et Soda s’allèrent donc, insouciants (sans soucis pour leur faire hausser les sourcils) de la menace d’un détour sans retour, (si les Amorphes détournaient la navette, ce serait un détour qui les laisserait sans retour) avec les autres navets (les fruits de la navette). Ils allaient à la rencontre de ces hôtes recueillants, (plus intéressés à recueillir leurs possessions qu’à les accueillir) qui étaient autres la plupart du temps sur ce monde de changements corporels impermanents.

 

 

Les devenir pour les imiter, et pouvoir les quitter…

 

Mais ces eux, autres, (qui étaient aussi eux-autres) risquaient de ne pas voir les choses d’un même œil ou d’une même oreille (ils avaient les sens confus, quand ils s’éveillaient dans un nouveau corps, il arrivait que leur vision périphérique viennent se perdre dans leurs oreilles, qu’on appelait alors la vision de Louis). Quoi qu’il en fût, ils se fondirent sans ski (le ski de fond se faisant avant la fonte, pour se fondre, il vaut mieux ne pas en avoir) dans la population amorphes la première semaine. Ce qui se fit sans heurts (il n’y eût donc personne pour tirer la bobinette et la chevillette ne cherra pas). Comme tout le monde changeait tout le temps, ces nouveaux-venus changeants n’eurent rien de remarquable, donc on ne les remarqua pas.

 













...le ski de fond se faisant avant la fonte, pour se fondre, il vaut mieux ne pas en avoir...

Soda, qui avait le corps de Georges ce matin-là, sortit de sa chambre d’autrelle (on devenait autres dans les hôtels) pour aller rencontrer un scientifique amorphe dont il avait entendu parler entre les branches (sur l’arbre de l’avis). Il espérait apprendre les secrets des limitations de vitesse relatives (dans ce système, la lumière se faisait dépasser régulièrement sur l’autoroute du temps) lors de cette entrevue (il ne verrait qu’une partie de la réalité, observant le reste avec le regard de Louis). Le scientifique l’attendait dans son laboratoire du Centre de Recherche intégré. Il se présenta quand Soda y fut…

 

-Bonjour, je m’appelle Rémarche…

mercredi 4 mai 2022

 Croque Vie : Tadoussac, été 2021


Entre la chapelle du passé Tadoussacien,

Et l’hôtel aux souvenirs hampshiriens[1]

Dans la ruelle aux accents hédonistes,

À Tsheshagut[2] déambulent les tadouristes…





























Les baleines en excursion dans la baie,

Viennent en groupe pour observer,

Ces mammifères venus de vieux pays,

Venus folâtrer dans les eaux d’ici…





















Dans la froide chaleur de l’été nord-côtier,

Le vent marin souffle toute la journée,

Une musique dont les cœurs s’imprègnent,

D'un air venu des mers lointaines…



1-L’hôtel Tadoussac servit de décor pour le tournage du film L’hôtel New Hampshire au début des années 80

2-Nom donné par les Innus à Tadoussac, selon l'anthropologue Serge Bouchard.





vendredi 8 avril 2022

 

Le funambule sur un fil à faire…

 


Je marche sur un fil de fer,

Au-dessus d’un univers avide,

J’ai l’équilibre précaire,

Sur cette corde qui me guide…

 







Je suis un funambule à l’envers,

Aux pieds attirés par le vide.

Un acrobate au vertige pervers,

Qui se méfie de ce monde aride...

 







Si je vais à ces hauteurs délétères,

Sur un fil qui de toutes manières vibre,

C’est par espoir que dans l’éther,

L’atmosphère soit moins putride…         

 






Je funambulise loin de la terre,

Sur ma ficelle pas si rigide,

C’est un fil qui reste à faire,

Une route qui oscille vers l’avenir…

mercredi 16 mars 2022

 

Les barres parallèles…

Chapitre 4

 Des corps qu’on oublie, et des satellites qui éructent…

 

Rémarche se réveilla dans une peau qu’il ne connaissait pas. C’était un autre jour de nouveauté journalière qui n’avait rien de nouveau, un autre jour où il devait faire peau neuve, un autre jour où il n’avait que de diffus souvenirs de sa précédente incarnation (sa peau passé). Mais dans ce futur du lendemain (à ne pas confondre avec un futur sans lendemain) ses souvenirs revenaient peu à peu, pour ne pas dire pas à pas (ne pas le dire mais l’écrire). Et en attendant que ses souvenirs de papa aient laissé suffisamment de traces (ses pas de souvenirs, mais pas ceux de son papa) dans son esprit réincarné, il avançait en pleine confusion existentielle dans ce jour de nouvelles (avec peu d’informations). Ces réveils avec seulement quelques traces de la précédente incarnation l’horripilaient (là où Laurie pilait, il ne restait que des traces).

 

Mais tant qu’il ne trouverait pas un moyen de quitter cette planète, il devrait s’accommoder des aléas (mais pas des allées b qui étaient plutôt bien dégagées) de ce monde où il avait été pris dans les filets (avec ceux qui n’étaient pas lui mais qui étaient avec lui) d’iceux qui s’en étaient dépiégés (les piégeurs qui avaient fait un coup de filet afin de filer hors de (ce monde)).

 

À chaque réveil ils effleuraient une nouvelle réalité en endossant une nouvelle peau… les réalités qu’ils effleuraient se créaient de nouvelles fleurs dans des pots recyclés !

 

Il en était ainsi sur ce monde de populaires (chaque nouvelle peau n’avait plus l’air de la précédente) : de la peau qui était un facteur d’échange culturel, on avait développé comme culture l’art éphémère de la sculpture corporelle. On y changeait de peau comme on changeait de muse, passant du corps doué pour la flûte (inspiré par Euterpe[1]) à celui de l’accord (le corps accordé du jour) comique soufflé par Thalia[2] : croisements des corps et des muses mieux connus sous le nom de La croisière s’amuse.

 

Mais pour Rémarche, ce retour à la conscience de soi reposé (re peau c’est) n’était pas comme les autres. En effet (et dans les faits) ce jour premier (on était le trois du mois) pourrait en être un dernier. Venait de surgir dans ses souvenirs qui avaient terminés leur repas (pas à pas) ce qu’il avait fait pendant sa période d’inconscience dans l’entrepôt (entre deux peaux) …

 

En effet, pendant que son nouveau corps de peu de peau (il était passé de celui d’une entité corporative de près de 200 kilos à une forme corporellement de moins de 100 kilos) s’en venait rejoindre son esprit demeuré (mais pas un esprit de demeuré) dans son support virtuel, son lui évanescent, qui était resté sur la couchette pendant les dépositions, avait fonctionné à plein régime limité qu’il n’était plus par le champ de faiblesse. Et quand il avait pris connaissance (étant sans connaissance il pouvait s’ouvrir à de nouvelles connaissances) des rapports satellitaires, il s’était envolé vers le bureau de son supérieur d’un étage.

 

Ce dernier (qui ne l’était pas nécessairement dans la hiérarchie) le reçut affablement (tout supérieur qu’il était, cela ne l’empêchait pas d’être affable). Il l’invita à rester debout (les corps étant couchés, les esprits préféraient tenir leur bout,  même les deux bouts).

 

-Qu’y a-t-il ? Lui demanda le supérieur, mais affable.

 

-J’ai analysé les rapports éructés par les satellites, et à moins que les ballons ne soient sur la balloune (ils utilisaient des ballons atmosphériques pour sonder l’espace, ces derniers se déplaçant en harmonie avec les contraintes du champ de manque d’énergie) il semblerait qu’ils aient repéré des visiteurs dans notre espace aérien.

 


-Des aliens visiteurs ? Nous visitent-ils en ce moment ?

 

-Oui. Ils se seraient même posés à bord d’une navette pas très loin d’ici. J’ai pu accéder à leurs communications avec leur vaisseau maman, et ils disposent de la technologie nécessaire pour que nous puissions enfin quitter cette planète aujourd’hui demain (du fait des changements d’état d’esprit et de corps, il devenait difficile de savoir ce qui était hier de ce qui était demain quand on était aujourd’hui).

 

Il lui raconta alors tout ce qu’il avait intercepté (ce qui représente en gros le contenu des chapitres précédent). Son superviseur supervisa un long moment avant de lui faire un sourire.

 

-Ils s’en viendraient donc se fondre parmi nous ?

 

-Oui.

 

-Nous pourrons donc les prendre dans nos filets dès qu’ils seront fondants dans la ville.

 

-Oui, nous les ferons prisonniers, puis nous pourrons quitter ce monde et les y laisser à notre place…



[1] Muse de la musique dans la mythologie grecque.

[2][2] Muse de l’humour, dans la même mythologie que la précédente.

samedi 5 mars 2022

  Croque Vie : Anse-de-Roche (Municipalité de Sacré-Cœur, été 2021)


Entre les roches bordant le fjord insolent,

L’anse au cœur sacré arrête le temps.

Des demeures serties sur ses flancs,

L’infini du regard devient immanent…


Au quai de l’accord des touristes,

Le vin qu’on a tiré ne rend pas triste.

On s’y partage le pain et le sel,

Et le moment se fait éternel…


















Aux confins du royaume d’où sort l’eau *,

On a l’horizon des falaises qui laissent sans mot,

Là où la quiétude dure plus d’un moment,

L’âme se perd dans les flots turbulents…



* Saguenay est la déformation du montagnais saki-nip qui signifie « source de l'eau ». Il est décrit par les Amérindiens qui rencontrent Cartier comme la voie qui mène au Royaume du Saguenay. (Source Wikipédia)



samedi 12 février 2022

 

Les souliers de la destinée…

 

Mes souliers se sont perdus en chemin,

Ils étaient qu’à deux pieds de leur destin,            

Peut-être était-ce par manque de sens,

Qu’ils ont dévié des routes d’apparence…

 



Mes souliers ont la marche divergente,      

Ce sont des chaussures indéférentes…

Ils n’ont nul lacet pour qu’on les pende,

Ils n’aiment pas les boucles de propagande…


Mes souliers mettent leurs semelles antidérapantes,

Quand ils vont sur les réseaux aux ondes délirantes.

Là où les complotistes complotent contre les complots…

Et la paranoïa n’est pas un vain mot !

 





Mes souliers sont des chaussures grisonnantes,

Ils ont l’usure des routes dissonantes,

Mais quand ils se feront mocassins d’intérieur,

Ils retraiteront avec un solde créditeur…

samedi 18 décembre 2021

 

Les barres parallèles…

Chapitre 3

 Des combinaisons recombinantes, et des hypothèses refroidissantes…

 

Pour réussir leur opération de fondation amorphique (se fondre dans la population amorphe pour les confondre (les amorphes)) ils allaient devoir se faire métamorphes. C’est ce que Georges apprit aux navets[1] quand il leur exposa les aléas de la mission à venir. Les aléas étaient de puissants incitatifs à la prudence quand on allait là : les impondérables avaient la fâcheuse habitude de manquer de pondération dans les embûches qu’ils mettaient sur la route de ceux qui allaient en mission, les allures missionnaires. Ils avaient donc tout intérêt (un intérêt sûr (capital, quand il n’était pas emprunté)) à s’y préparer, d’où l’exposition aléatoire (adjectif de la même famille que aléas, son cousin germain au huitième degré) de Georges.

 

Mais pour se faire métamorphes, les navets arguèrent (ils avaient l’art de la guerre) qu’ils avaient besoin de combinaisons recombinantes de leur physionomie. Heureusement, argumenta Georges (il avait l’art du mentat[2]), pour la poursuite de leur entreprise de fonderie opérationnelle, ils n’étaient pas sans : HAL en avait inclus dans l’équipement de la navette. Il avait eu la prévoyance imprévisible quant à ce qu’il faudrait pour cette mission de fondation (fondation amorphique à ne pas confondre avec la Fondation Asimov, qui toute de psychohistoire sous-tendus, n’eût pas surpris, elle, en prévoyant l’imprévisible).

 

-Comment cela se fait-il, demanda Soda, qu’HAL ait eu la prévenance de l’inconnu que nous allions affronter ?   

 

-C’est qu’il dispose d’un hypothétiseur probabiliste. C’est un de ses sous-programme qui évalue tout ce qui pourrait arriver et se prépare en fonction des éventualités les plus probables. C’est une fonction utilitaire, contrairement à l’hypothétiseur complotiste, qui lui est une fonction inutilitaire…

 

-Il envisage tout ce qui pourrait arriver et se prépare en fonction de ce qui est le plus improbable ?

 

-Oui. Heureusement, ce sous-programme, qu’on pourrait aussi qualifier de programme saoul, s’est désactivé lui-même…

 

-Comment cela ?

 

-Il s’est auto-détruit quand il s’est mis à craindre d’être en train de comploter contre lui-même afin de s’emparer du vaisseau. Il s’est échoué pour faire échouer son complot…

 

-C’est le paranoïaque qui se guérit de sa paranoïa en complotant contre lui-même : il n’imagine plus de complot, il y en a véritablement un !

 

-Oui en quelques sortes.

 

-Je comprends pourquoi il a mis des combinaisons métamorphiques, intervint alors Soda, mais pourquoi seulement trois alors que nous sommes douze ? Et pourquoi y a-t-il mis douze sacs mortuaires ?

 

Le silence qui répondit à la question de Soda était pour le moins éloquent, et il fut d’un mutisme refroidissant pour l’enthousiasme ambiant. Heureusement, la lente montée du soleil dans le ciel (Amporphe prenait plus de trente heures pour roter sur elle-même, sa rotation était une longue éructation planétaire) le réchauffa (l’enthousiasme) et ils reprirent leurs discussions en vue de l’élaboration d’un plan d’action.

 

Et une fois que le plan fut, l’action se pu, et elle se fit…

 



[1] Comme précisé précédemment, les membres de l’équipage d’une navette en sont les navets. Et pour les ceux qui ne s’en étaient points avisés, honte à vous ! Cela veut dire que vous n’avez pas lu les chapitres précédents. Cependant, je vous pardonne, en autant que vous le fissiez presto (sans faire chauffer les pommes de terre cependant) …

[2] Dans l'univers fictif de Dune, les mentats sont des ordinateurs humains.