RÉFLEXIONS ENSEIGNANTES ET RETRAITANTES
Le prof et les retraités actifs...
Le funambule sur un fil à faire…
Je marche sur un fil de fer,
Au-dessus d’un univers avide,
J’ai l’équilibre précaire,
Sur cette corde qui me guide…
Je suis un funambule à l’envers,
Aux pieds attirés par le vide.
Un acrobate au vertige pervers,
Qui se méfie de ce monde aride...
Sur un fil qui de toutes manières vibre,
C’est par espoir que dans l’éther,
L’atmosphère soit moins
putride…
Je funambulise
loin de la terre,
Sur ma ficelle pas
si rigide,
C’est un fil qui
reste à faire,
Une route qui
oscille vers l’avenir…
Les barres parallèles…
Chapitre 4
Des corps qu’on oublie, et des satellites qui éructent…
Rémarche se
réveilla dans une peau qu’il ne connaissait pas. C’était un autre jour de
nouveauté journalière qui n’avait rien de nouveau, un autre jour où il devait
faire peau neuve, un autre jour où il n’avait que de diffus souvenirs de sa précédente
incarnation (sa peau passé). Mais dans ce futur du lendemain (à ne pas
confondre avec un futur sans lendemain) ses souvenirs revenaient peu à peu,
pour ne pas dire pas à pas (ne pas le dire mais l’écrire). Et en attendant que
ses souvenirs de papa aient laissé suffisamment de traces (ses pas de
souvenirs, mais pas ceux de son papa) dans son esprit réincarné, il avançait en
pleine confusion existentielle dans ce jour de nouvelles (avec peu
d’informations). Ces réveils avec seulement quelques traces de la précédente
incarnation l’horripilaient (là où Laurie pilait, il ne restait que des
traces).
Mais tant
qu’il ne trouverait pas un moyen de quitter cette planète, il devrait
s’accommoder des aléas (mais pas des allées b qui étaient plutôt bien dégagées)
de ce monde où il avait été pris dans les filets (avec ceux qui n’étaient pas
lui mais qui étaient avec lui) d’iceux qui s’en étaient dépiégés (les
piégeurs qui avaient fait un coup de filet afin de filer hors de (ce monde)).
À chaque
réveil ils effleuraient une nouvelle réalité en endossant une nouvelle peau… les
réalités qu’ils effleuraient se créaient de nouvelles fleurs dans des pots
recyclés !
Il en était
ainsi sur ce monde de populaires (chaque nouvelle peau n’avait plus l’air de la
précédente) : de la peau qui était un facteur d’échange culturel, on avait
développé comme culture l’art éphémère de la sculpture corporelle. On y
changeait de peau comme on changeait de muse, passant du corps doué pour la
flûte (inspiré par Euterpe[1])
à celui de l’accord (le corps accordé du jour) comique soufflé par Thalia[2] :
croisements des corps et des muses mieux connus sous le nom de La croisière
s’amuse.
Mais pour Rémarche,
ce retour à la conscience de soi reposé (re peau c’est) n’était pas comme les
autres. En effet (et dans les faits) ce jour premier (on était le trois du
mois) pourrait en être un dernier. Venait de surgir dans ses souvenirs qui
avaient terminés leur repas (pas à pas) ce qu’il avait fait pendant sa période d’inconscience
dans l’entrepôt (entre deux peaux) …
En effet,
pendant que son nouveau corps de peu de peau (il était passé de celui d’une
entité corporative de près de 200 kilos à une forme corporellement de moins de
100 kilos) s’en venait rejoindre son esprit demeuré (mais pas un esprit de
demeuré) dans son support virtuel, son lui évanescent, qui était resté sur la
couchette pendant les dépositions, avait fonctionné à plein régime limité qu’il
n’était plus par le champ de faiblesse. Et quand il avait pris connaissance
(étant sans connaissance il pouvait s’ouvrir à de nouvelles connaissances) des
rapports satellitaires, il s’était envolé vers le bureau de son supérieur d’un
étage.
Ce dernier
(qui ne l’était pas nécessairement dans la hiérarchie) le reçut affablement (tout
supérieur qu’il était, cela ne l’empêchait pas d’être affable). Il l’invita à rester
debout (les corps étant couchés, les esprits préféraient tenir leur bout, même les deux bouts).
-Qu’y a-t-il
? Lui demanda le supérieur, mais affable.
-J’ai
analysé les rapports éructés par les satellites, et à moins que les ballons ne
soient sur la balloune (ils utilisaient des ballons atmosphériques pour sonder
l’espace, ces derniers se déplaçant en harmonie avec les contraintes du champ
de manque d’énergie) il semblerait qu’ils aient repéré des visiteurs dans notre
espace aérien.
-Des aliens
visiteurs ? Nous visitent-ils en ce moment ?
-Oui. Ils se
seraient même posés à bord d’une navette pas très loin d’ici. J’ai pu accéder à
leurs communications avec leur vaisseau maman, et ils disposent de la technologie
nécessaire pour que nous puissions enfin quitter cette planète aujourd’hui
demain (du fait des changements d’état d’esprit et de corps, il devenait
difficile de savoir ce qui était hier de ce qui était demain quand on était
aujourd’hui).
Il lui
raconta alors tout ce qu’il avait intercepté (ce qui représente en gros le
contenu des chapitres précédent). Son superviseur supervisa un long moment
avant de lui faire un sourire.
-Ils s’en
viendraient donc se fondre parmi nous ?
-Oui.
-Nous pourrons
donc les prendre dans nos filets dès qu’ils seront fondants dans la ville.
-Oui, nous
les ferons prisonniers, puis nous pourrons quitter ce monde et les y laisser à
notre place…
Croque Vie : Anse-de-Roche (Municipalité de Sacré-Cœur, été 2021)
Entre les roches bordant le fjord insolent,
L’anse au cœur sacré arrête le temps.
Des demeures serties sur ses flancs,
L’infini du regard devient immanent…
Au quai de l’accord des touristes,
Le vin qu’on a tiré ne rend pas triste.
On s’y partage le pain et le sel,
Et le moment se fait éternel…
On a l’horizon des falaises qui laissent sans mot,
Là où la quiétude dure plus d’un moment,
L’âme se perd dans les flots turbulents…
* Saguenay est la déformation du montagnais saki-nip qui
signifie « source de l'eau ». Il est décrit par les Amérindiens qui
rencontrent Cartier comme la voie qui mène au Royaume du Saguenay. (Source Wikipédia)
Les souliers de la destinée…
Ils étaient qu’à deux
pieds de leur destin,
Peut-être était-ce par
manque de sens,
Qu’ils ont dévié des
routes d’apparence…
Ce sont des chaussures
indéférentes…
Ils n’ont nul lacet pour
qu’on les pende,
Ils n’aiment pas les boucles
de propagande…
Mes souliers mettent leurs semelles antidérapantes,
Quand ils vont sur
les réseaux aux ondes délirantes.
Là où les
complotistes complotent contre les complots…
Et la paranoïa
n’est pas un vain mot !
Ils ont l’usure des
routes dissonantes,
Mais quand ils se feront
mocassins d’intérieur,
Ils retraiteront avec un
solde créditeur…
Chapitre 3
Des combinaisons recombinantes, et des hypothèses
refroidissantes…
Pour réussir leur opération de
fondation amorphique (se fondre dans la population amorphe pour les confondre
(les amorphes)) ils allaient devoir se faire métamorphes. C’est ce que Georges
apprit aux navets[1]
quand il leur exposa les aléas de la mission à venir. Les aléas étaient de
puissants incitatifs à la prudence quand on allait là : les impondérables
avaient la fâcheuse habitude de manquer de pondération dans les embûches qu’ils
mettaient sur la route de ceux qui allaient en mission, les allures
missionnaires. Ils avaient donc tout intérêt (un intérêt sûr (capital, quand il
n’était pas emprunté)) à s’y préparer, d’où l’exposition aléatoire (adjectif de
la même famille que aléas, son cousin germain au huitième degré) de Georges.
Mais pour se faire métamorphes, les
navets arguèrent (ils avaient l’art de la guerre) qu’ils avaient besoin de
combinaisons recombinantes de leur physionomie. Heureusement, argumenta Georges
(il avait l’art du mentat[2]),
pour la poursuite de leur entreprise de fonderie opérationnelle, ils n’étaient
pas sans : HAL en avait inclus dans l’équipement de la navette. Il avait
eu la prévoyance imprévisible quant à ce qu’il faudrait pour cette mission de
fondation (fondation amorphique à ne pas confondre avec la Fondation Asimov,
qui toute de psychohistoire sous-tendus, n’eût pas surpris, elle, en prévoyant
l’imprévisible).
-Comment cela se fait-il, demanda
Soda, qu’HAL ait eu la prévenance de l’inconnu que nous allions affronter
?
-C’est qu’il
dispose d’un hypothétiseur probabiliste. C’est un de ses sous-programme qui
évalue tout ce qui pourrait arriver et se prépare en fonction des éventualités
les plus probables. C’est une fonction utilitaire, contrairement à
l’hypothétiseur complotiste, qui lui est une fonction inutilitaire…
-Il envisage
tout ce qui pourrait arriver et se prépare en fonction de ce qui est le plus improbable
?
-Oui.
Heureusement, ce sous-programme, qu’on pourrait aussi qualifier de programme
saoul, s’est désactivé lui-même…
-Comment
cela ?
-Il s’est
auto-détruit quand il s’est mis à craindre d’être en train de comploter contre
lui-même afin de s’emparer du vaisseau. Il s’est échoué pour faire échouer son
complot…
-C’est le
paranoïaque qui se guérit de sa paranoïa en complotant contre lui-même :
il n’imagine plus de complot, il y en a véritablement un !
-Oui en
quelques sortes.
-Je
comprends pourquoi il a mis des combinaisons métamorphiques, intervint alors
Soda, mais pourquoi seulement trois alors que nous sommes douze ? Et pourquoi y
a-t-il mis douze sacs mortuaires ?
Le silence
qui répondit à la question de Soda était pour le moins éloquent, et il fut d’un
mutisme refroidissant pour l’enthousiasme ambiant. Heureusement, la lente
montée du soleil dans le ciel (Amporphe prenait plus de trente heures pour
roter sur elle-même, sa rotation était une longue éructation planétaire) le
réchauffa (l’enthousiasme) et ils reprirent leurs discussions en vue de
l’élaboration d’un plan d’action.
Et une fois
que le plan fut, l’action se pu, et elle se fit…
[1] Comme précisé précédemment, les membres de l’équipage d’une navette en
sont les navets. Et pour les ceux qui ne s’en étaient points avisés, honte à vous
! Cela veut dire que vous n’avez pas lu les chapitres précédents. Cependant, je
vous pardonne, en autant que vous le fissiez presto (sans faire chauffer les
pommes de terre cependant) …
[2] Dans l'univers fictif de Dune, les mentats sont des
ordinateurs humains.
Croque Vie : Bergeronnes (été 2021)
Il y a dans le village aux berges rondes,
Des effluves du fleuve qui vagabondent,
Ils imprègnent les murs d’un air de salaison,
Ce sont les souffles des baleines de saison !
L’enfant joue sur ses rivages de sable infini,
Les mollusques y sont de bonne compagnie,
On peut entendre les murmures des rorquals,
Qui au large forment une singulière chorale…
On respire l’air marinée par les vagues incertaines,
Sur cette plage où elles bégayent leurs rengaines,
Ce sont ces vents portés par les incessantes marées,
Il pleut de la neige sur la ville…
Il pleut de la neige sur ma rue.
Elle se fond dans le bitume nue.
Elle se déverse des flacons nuageux,
Qui se vident de leurs flocons
nébuleux.
Depuis qu'il mouille du givre sur la
ville,
Les hordes de givrés y fourmillent.
Ils envahissent les réseaux
communautaires,
Du déluge de leurs délires
insécuritaires.
Il tombe des cordes sur mon quartier,
Qui s’attachent en cette tempête
alambiquée,
Aux élucubrations des alchimistes de
paroisse,
Qui transmutent l’inquiétude en angoisse…
Il neige de l’ignorance sur la ville,
C’est une gadoue aux idées volatiles,
Qui embourbe dans son chemin,
Ceux dont le pas est incertain…
Les barres parallèles…
Chapitre
2
La navette s’en allait à pas de
loups lents (dans le silence du cosmos apathique) vers Amorphe, la planète
passive principale de ce système aboulique. Elle s’était arrachée à l’anémie
énergétique de son vaisseau statique : le Spartacus était englué dans un magma
atonique provoqué par le champ de faiblesse endémique de ce système
antipathique. Et comme l’énergie faisait défaut, quand les Spartakiens
atteignirent leur vitesse de pointe, ce ne fût que celle d’une pointe émoussée.
Ils prirent donc bien plus de temps qu’il n’en fallut pour le dire avant d’arriver
à destination. Mais une fois qu’ils furent des parvenus, ils n’eurent pas de
difficultés à se poser sur le sol, là (si do ré qu’il fut par le soleil) où la
navette se mit fa cilement en équilibre sur ses atterrisseurs.
Quand ils eurent fini de faire leur
gamme spatiale en clé de sol, ils prirent pied sur cette surface planétaire,
devenu plantaire quand ils s’y étaient pris lesdits pieds (ils furent cinq à
débarquer). Les navets (l’équipage de la
navette) entreprirent sitôt terri (ils étaient atterris sans hâte) de débarquer
le matériel nécessaire à l’implantation d’un camp de vase (le sol était boueux
dans le coin). Une fois que ce fût fait (et que ce fait se fût avéré) ils lancèrent
des drones espions afin de recueillir des informations sur la population au
sein de laquelle ils avaient l’intention de se fondre. Ces appareils tiraient
leur énergie de l’air qu’ils compressaient afin d’en produire le jus qui même
s’il dérange (c’est connu, le jus d’orange) était propre à les faire carburer de
longues périodes sans refaire le plein, ce dont ils avaient besoin dans ce
désert d’énergie où il n’était possible que de faire le vide. C’étaient de
bonnes machines. L’association de la Chamellerie du drone dans son palmarès 2040,
leur attribuait la note A dans leur catégorie, ce qui leur avait valu le titre
de drones A d’airs compressés de l’année. Mais quand ils revinrent de leur
mission d’espionnage, ces fameux dronadaires n’étaient pas porteurs de bonnes
nouvelles…
En effet, les informations qu’en
tirèrent les chameliers dronautiques furent décevantes : leurs drôles à
terre (ils avaient le drone drôle quand il était au sol) leur apprirent que la
fonte populationnelle risquait d’être plus compliqué la fonte de la glace (d’autant
que la planète, en raison du champ de faiblesse qui l’enveloppait, l’avait friable
(la glace)). Le fondement de cet aléa fondamental était que les amorphes avaient
la fondation volatile. En plus d’être apathiques et apolitique, (les
organisations démocratiques demandaient trop d’énergie) ils étaient versatiles :
les habitants de la planète passaient de l’un à l’autre pendant leurs périodes
de sommeil, changeant d’enveloppes tandis qu’ils dormaient. Et comme ils
avaient l’ensommeillement redondant (la somme de leurs sommes avoisinait les seize
heures sur les trente que durait la journée amorphique (même le temps prenait
son temps sur ce monde)), ils n’étaient pas ce qu’ils étaient longtemps. Ils
devenaient autres dans de nouveaux hôtes plusieurs fois par jour, ce qui ne
facilitait pas les relations sociales, et quand on voulait se fondre dans une
population…
-Donc ils changent de corps
plusieurs fois par jour ? Demanda Georges.
-Oui, lui répondit Einstein. Plus
souvent qu’ils ne prennent de bain…
-Ils ont une mauvaise hygiène ?
-Non. C’est surtout qu’en raison du
champ de faiblesse, ils n’ont pas d’eau courante, que de l’eau marchante. Alors
le temps qu’ils remplissent une baignoire, ils sont dans un nouveau corps qui
ignore qu’il s’est fait couler un bain !
-Et comment passent-ils d’un corps à
l’autre ?
-En fait ce sont les corps qui
passent d’un esprit à l’autre : ils rêvent de nouvelles âmes en quête
desquelles ils vont somnambulant…
-Ils on le rêve volage…
-Oui, ce sont des polygames
spirituels… Ils dorment dans des couchettes spirituelles qui peuvent retenir un
esprit grâce à un support informatique. Ceci explique probablement cela,
poursuivit le conseiller redevenu scientifique. Le champ de faiblesse étant
matériel, les esprits en l’absence d’enveloppe peuvent fonctionner normalement,
et par là le contourner.
-Ce qui veux dire, reprit Georges
songeur, que si nous voulons contourner le champ de faiblesse, il nous faut
apprendre à quitter nos corps comme eux le font.
-Mais pour apprendre comment ils
font, il faut nous fondre parmi eux, et nous ne pourrons le faire tant que nous
ne saurons pas comment ils font…
-Mais il y aurait peut-être un moyen
de faire ceci pour faire cela, répliqua mystérieusement Georges…