Les
barres parallèles…
Chapitre
10
Du
souvenir des oubliettes, et des cafards diabétiques.
Les
Spartakiens, endormis par les fleurs soporifiques des habitants
cafardeux de la planète Capharnaüm, flottaient dans une
incontinente inconscience, ou énurésie comateuse. Ce sommeil sans
rêve, compromettait sérieusement leur mission diplomatique...
Ils
étaient embarrassés par l'embrassement de Morphée !
Du
fait de cette ronflante narcose, ils étaient inconscients des
conséquences de leur insouciance diplomatique exobiologique :
ils s'étaient fait prendre comme des bleus par les petits hommes
verts, et leurs plans avaient fait chou blanc...
S'ils
l'avaient su, ils eussent été rouges de honte !
Mais
leurs esprits qui flottaient dans cet éther factice, finirent par
revenir à la conscience de leur situation d'émissaire démis de
leur liberté. Quand cessa (ce qui est ça, c'est ça) leur séjour
morphinique (c'est bien connu, Morphée est une dealer de morphine),
ils s'éveillèrent dans les oubliettes. Ils se rendirent aussitôt
compte que ces cachots (cachés à la mémoire) étaient des oublis
propres à leur faire passer un sale moment. Pour ne pas qu'ils se
sentent en déficience mnémonique (les oubliettes tendent à effacer
la mémoire), leurs geôliers avaient laissé bien en vue (mais mal à
l'écoute) des instruments de torture encore saignants. Le message
sur-entendu étant qu'ils viendraient bientôt leur faire une petite
visite de courtoisie.
Quand
s'éveillèrent les oubliés de l'inconscience (la conscience qui
oublie devient inconsciente de ce qu'elle sait) ils furent stupéfaits
de voir de si nombreuses chaînes (surtout qu'ils n'avaient pas le
câble) les entraver. D'autant de plus (et par trop de moins) que
c'était de biens étranges enchaînements. Ces obstructions
chaînières ficelaient des parties incohérentes de leur anatomie :
elles étaient attachantes, mais pas aux bons endroits ! Les liens
aliens étaient conçus en fonction d'une corporalité différente de
celle de leurs prisonniers : ils avaient des formes difformes
pour les humanoïdes conformes aux normes de la bipédie. Ces écarts
anatomiques faisaient que l'attachement des humains à leurs liens
était resserrée par endroits et relâché à d'autres. Certains
avaient les jambes libres, mais les mains attachés dans le dos,
d'autres des colliers autour du cou, mais tellement larges qu'ils
pouvaient y passer leurs têtes. C'était un véritable capharnaüm,
ce qui n'était pas surprenant étant donné qu'ils étaient sur
cette planète qui ne l'était pas que de nom (de nom nommé plus
avant).
Maintenant
revenu de leurs comateux séjour morphologique (quand Morphée se
morfond) ils se consultèrent (les consuls en mission diplomatique se
consultent) pour déterminer la suite des choses. Pendant ce
consulat, ils s'échangèrent des informations qu'ils n'avaient pas :
aucun d'eux n'avait de souvenirs de leur enfermement. Mais comme il y
avait plusieurs experts parmi eux, leur ignorance ne fut pas une
gêne.
-Quelqu'un
a-t-il une idée de comment nous pourrions nous tirer de cette
désagréable situation d'affaires ? Demanda Soda, qui était le
consulaire en chef.
-Enfer,
vous voulez dire monsieur, intervint un anonyme qu'on ne verra plus
dans cette histoire, ni dans aucune autre à venir.
-En
fer et enfer, ce sont les même affaires, surtout quand nous ne
savons pas vraiment à qui nous avons à faire.
-Monsieur,
intervint de nouveau l'anonyme qui ne voulait pas endosser le rôle
de figurant absent qui lui avait été octroyé (octroi au refus dont
l'auteur se confesse, les personnages ont leur vie propre, et les
auteurs sont parfois des schizophrènes qui s'ignorent), vous n'êtes
pas obligé de comprendre ce qui se passe pour prendre des décisions,
vous êtes officier...
Soda
prit le temps de réfléchir à ce que venait de dire son subalterne.
Puis ne voulant pas voir son sous-fifre souffrir d'un manque
d'attention de son supérieur hiérarchique (de son statut
d'officier, il avait le souci de pas faire se sentir mal ses
ouailles, il avait l'ail sensible) il opina du chef (ce qu'il était)
pour lui signifier son accord.
-Il
me faudrait des avis avisées sur ce qu'il nous faut faire (et non
des ravis avisés qu'ils sont des faux-frères), demanda Soda à sa
troupe, qui grâce à l'encordement fantaisiste des geôliers
cafardeux , s'étaient pour la plupart déchaînés de leurs fers.
Il
se retourna vers Einstein (qui n'avait aucun lien avec le célèbre
Albertus Einstein, auteur de la théorie de la relativité élargie
sur les côtés) qu'il fixa du regard. L'interpellé regardé, qui
n'était pas regardant, baissa les yeux vers le sol. Il finit par
relever la tête, et tout en fixant le plafond lui répondit..
-Monsieur
Soda, je pense que je connais le moyen de nous sortir d'ici pour
aller ailleurs. C'est une solution soluble, si je peux me
permettre...
-Permettez
vous mon cher. Si vous connaissez un moyen de nous sortir d'ici,
dites-le nous pour que nous puissions nous évader, puis nous
souvenir de ces cellules qui ne seront plus alors des oubliettes. En
passant, j'aime mieux une solution soluble qu'insoluble...
-Je
vais vous expliquer de quoi il en est de ma solution, et de sa
solubilité à dissoudre pour un prix modique (dissoute, la solution
ne valait plus que dix sous). Le matériau avec lequel est
construite la prison cafardeuse pourrait être soluble dans l'eau...
Ceci est la conséquence de cela : les cafards, qui sont les
êtres habitants cette planète, sont amateurs de sucre. Ils en sont
tellement friands qu'ils en mettent dans tous leurs matériaux de
construction, afin d'avoir toujours quelque chose à se mettre sous
la dent. En cas de famine, on mange les murs de sa maison !
-Ils
se sont construits des maisons en pain d'épice ?
-Oui...
Et comme le sucre se dissout dans l'eau...
-Nous
serons leur diabète ! Alors, nous n'avons nous navets (membres
d'équipage de la navette) qu'à inonder la prison pour qu'elle
fonde, lui demanda Soda. Et comment on fait ça ?
-J'aurais
peut-être une solution, intervint alors l'emprisonné anonyme qui se
refusait à son rôle obscur et aspirait à ce que les projecteurs se
focalisent sur lui...
Et
il leur expliqua son idée lumineuse (enfin, les projecteurs le
projetaient) qui les réjouit par sa complexité : une solution
complexe était une solution sans complexe.
Et alors...